Lundi 19 octobre 2009
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Récit de voyage en pays Cognaçais
(Tout ce qui suit est rigoureusement exact, sinon cela n’aurait pas de sens)
Camarades, auteurs de romans policier, si un jour vous êtes sélectionnés pour recevoir le prix COGNAC du meilleur Polar… Méfiez-vous, la loi de Murphy vous attend au tournant. Personnellement je
n’y ai pas échappé, c’est de ma faute… J’ai frôlé l’inconscience. Quand on se lève le matin du départ vers Cognac et qu’on se fout la gueule dans le chambranle de sa porte de chambre, ça devrait
être un signal d’alarme… Pour moi, non !
Vous branchez le GPS et vous voilà en route pour Cognac ; je passe Rennes, Nantes, sans difficulté majeure. Je veux regarder l’heure à mon poignet et je m’aperçois que ma montre vient de
tomber en panne, alors qu’elle marche depuis des années sans problème. Je suis un maniaque de l’heure (c’est con mais c’est comme ça), je me dis : comment je vais faire cette nuit pour
connaître l’heure, (même en dormant je veux savoir quelle heure il est). Et là ; Bingo ! Je pense à mon téléphone portable où s’affiche une belle heure digitale. Ouf, je suis
sauvé !... Pas pour longtemps !... (loi de Murphy, je vous ai dit).
Aire de repos d’autoroute. Envie de satisfaire un besoin naturel (normal, non ?). Toutes les pissotières sont occupées. « Manque de bol ! » je me dis… Qu’à ne cela ne tienne,
j’ouvre une porte de WC, siège à la turque… c’est à dire pas de siège. Ça me convient puisque je veux juste faire pipi. Au moment où je fais jouer la glissière de ma braguette… j’entends le
bruit d’un truc qui tombe sur la porcelaine turque… Avec stupeur je vois glisser mon téléphone portable vers le trou central et disparaître dans les entrailles turques. Damned !... Je cours
chercher du secours, tout le monde s’est marré quand j’ai crié que mon téléphone était tombé dans les chiottes. Bande de cons !... Après de moult efforts et les moyens du bord j’ai pu
récupérer l’engin et le passer sous le robinet. Inutile de dire que le truc était foutu… Plus d’heure du tout, j’en étais malade.
Arrivé à Cognac, à l’hôtel, on me dit que je n’ai pas de chance… Je serai dans la plus petite chambre et dans un petit lit, les autres étant réservées aux couples. Je m’attendais à un truc de ce
genre… vu comme la journée était barrée. Pas de radio-réveil dans la chambre. J’ai des angoisses… mais c’est bien, je suis côté rue ; tout pour plaire. (Je pense que l’hôtelier savait que je
n’aurai pas le prix). Je laisse ma valise et mon portable dans la chambre et me rends à pied au festival.
Très bon accueil de l’équipe du festival : Bernard, Dany, Patrice et les autres. Excursion en fin d’après-midi au château Otard (où naquit François Ier) au bord de la Charente, dans ce
château, y a plein de trucs pour fabriquer le Cognac et des quantités énormes de futs ou de tonneaux. Les Cognaçais n’ont qu’une obsession : te faire sentir et goûter du Cognac. Cognac tonic
en apéritif, Cognac digestif. Le pire c’est que j’aime ça. La journée n’était pas finie.
Dîner à 22 h au château Otard, et remise des prix… Il y a longtemps que je savais que c’était foutu ; à ce niveau là, ce n’est même plus de l’intuition, faut juste avoir un peu de bon sens.
Le plus dur était à venir, celui qui allait être le fil rouge du week-end. Le JOURNALISTE DE FRANCE CULTURE… celui-là a été une étincelle de bonheur dans ma morne vie. Vous vous rendez
compte ? J’étais assis à côté du journaliste de France-Culture pour ce dîner de remise des prix… Y doivent pas être riche à France-Culture pour avoir un journaliste comme ça. Là, je savais
que tout était fini, qu’il n’y avait plus aucun espoir de rien et que je pouvais m’achever à coup de carafe de Cognac. Heureusement qu’il fait de la radio puisqu’il lui manquait trois dents… et
devant.
Il m’a apprit plein de choses, qu’il avait interviewé le Dallai Lama dans l’Himalaya ou le Tibet je ne sais plus. En fait le journaliste de FC ne voulait pas interviewer le Dallai Lama, c’est le
Dallai Lama, lui-même, qui voulait être interviewé par ce journaliste-là. Incroyable ! Je lui ai demandé s’il avait des preuves. Non ! son magnétophone est tombé en panne en entrant
dans la case pleine d’encens. Ce qu’il ne savait pas, c’est que mon voisin de gauche (un écrivain) était bouddhiste, (véridique). Ensuite il a rencontré David Bowie et s’est fait prendre en
photo avec lui, j’ai demandé la preuve… Ça a été une longue histoire. Il a affiché au mur chez lui la fameuse photo en grand, mais comme il avait un copain également sur cette photo en smoking et
casquette de marin (sic) il a photographié avec son portable sa propre photo au mur en coupant le copain, et là, effectivement sur son petit écran, j’ai vu la photo : c’était vrai.
Jeffrey ARCHER. Un Anglais prix Polar international. Là notre journaliste de FC s’est jeté dessus comme un mort de faim et l’a interviewé dans une cellule du château, près de la salle de
réception. Quand on sait que Jeffrey Archer, ancien ministre de Thatcher, a fait deux ans de taule pour parjure. Je me suis dit que ce journaliste là était prêt à tout.
Je reparlerai du prix polar demain.
Finissons en avec cette soirée qui s’est terminée très tard dans les vapeurs de Cognac. Vous vous souvenez que je n’ai plus d’heure dans ma chambre. Qu’est-ce que j’ai fait ? La maison ne
recule devant aucun sacrifice. Vers deux heures du matin (je pense je n’avais pas l’heure), je suis allé démonter le GPS de ma voiture (j’avais oublié de demander à l’hôtel de me réveiller).
Stressé, comme un string après lavage, de peur de rater l’ouverture du festival le lendemain matin : je comptais m’en servir comme une horloge digitale. Évidemment je n’avais pas effacé
l’itinéraire… À chaque fois que j’appuyais sur le bouton, il me disait de tourner à droite, à gauche, il affirmait même que j’étais arrivé… Putain de journée ! Putain de soirée ! et
putain de nuit…
La suite demain (si je suis courageux) de mes aventures avec le journaliste de France Culture et de mon putain de téléphone. Parce que j’avais oublié de vous dire, je n’ai aucun numéro en mémoire
de ma famille et ils sont tous sur liste rouge à cause de moi par peur de représailles. Impossible de consulter l’annuaire. Impossible de donner de mes nouvelles et incapable d’en recevoir… La
loi de Murphy, je vous dis.